Le conflit moyen-oriental n’altère pas en soi le fonctionnement des marchés des céréales. Le cours du pétrole influe à peine sur les cours du maïs. Ces derniers sont davantage portés pas l’abondante récolte sud-américaine en cours de commercialisation, par les invendus étasuniens attendus à la fin de la campagne et en Union européenne, par la parité de l’Euro. Celle-ci dévalue de près de 17 % les cours en Dollars de la céréale.
La pénurie d’engrais à des prix abordables menacera la sécurité alimentaire de la planète, redoute la FAO si la crise du golfe Persique dure. En Ukraine, les agriculteurs pourraient d’ores et déjà être tentés de privilégier le tournesol à la céréale dès ce printemps. Aux États-Unis, la culture du soja, sobre en intrants, a la faveur des farmers. Mais en Asie du sud et en Afrique de l’est, la saison des semis approche, alors que les engrais ne sont pas livrés.
Stocks mondiaux de blé en progression
Dans son dernier rapport, l’USDA souligne le caractère exceptionnel de la campagne de blé 2025-2026. La consommation et les échanges mondiaux n’ont pas permis d’écouler la totalité des 44 millions de tonnes (Mt) de grains produites en plus depuis le début du mois de juillet dernier. Les stocks mondiaux de blé (283 Mt) auront progressé de 24 Mt à la fin de la campagne. En Inde, la consommation de grains n’excéderait pas 108 Mt en 2025-2026, alors qu’elle était encore annoncée à près 113 Mt le mois passé. Aussi, 6 Mt de blé en plus seront stockées pour se prémunir d’un avenir incertain.
Mais ce sont les pays exportateurs majeurs de blé de la planète qui détiennent la quasi-totalité des stocks supplémentaires, supérieurs de 9 % à la campagne passée.
Parmi eux, citons l’Ukraine où les contingents d’exportations fixés par la Commission européenne, expliquent en partie la montée des invendus faute de débouchés alternatifs. Dans le même temps, des cargaisons russes de blé volé dans les territoires occupés (Crimée, Donbass) sont expédiées en Syrie, selon UkrAgroConsult. L’Ukraine a récemment reproché à Israël d’avoir laissé filer un navire amarré dans le port d’Haïfa, chargé de ces céréales « détournées ».
Les vingt-sept pays de l’UE achèveront aussi leur campagne avec des stocks de 16 Mt, supérieurs de 5 Mt à l’an passé.
Dans l’immédiat, les 24 Mt de stocks de blé supplémentaires au niveau mondial n’augurent aucune hausse notoire des cours mondiaux.
Mais le blé invendu en Union européenne compensera en partie la baisse de sa prochaine récolte si cet été, la première estimation délivrée par la Commission européenne est confirmée. Selon elle, 126 Mt de grains seraient récoltées, soit 8 Mt de moins que l’été dernier. En France, la production serait alors de 32,4 Mt. Les prévisions portant sur les autres productions de céréales à paille sont d’ores et déjà les suivantes : 54,7 Mt d’orge et 7,8 Mt blé dur. En France, la Commission européenne table respectivement sur 11,4 Mt et 1,2 Mt. En Ukraine, la guerre en Iran représente un double défi : la hausse des coûts de production et de logistique qui rendra le pays moins compétitif, conjuguée à une baisse potentielle de la demande mondiale. La campagne prochaine, le pays pourrait être tenté de revenir sur le marché européen pour y exporter une partie de ces céréales. Fin mars, le Conseil international des céréales a estimé sa production de blé à 25 Mt et celle d’orge à 5,7 Mt. L’Ukraine serait alors en mesure d’en exporter respectivement 16 Mt et 2 Mt. En Afrique, l’Ukraine et la Russie sont aussi rivaux. Elles convoitent les mêmes marchés. Mais l’Ukraine et ses ports bombardés, affaiblie pour conquérir de nouveaux marchés, est confrontée à la Russie qui a les moyens d’être parfois « très généreuse ». Mais selon UkrAgroConsult, celle-ci conditionne ses ventes de grains bon marché ou des livraisons gratuites à leur allégeance et à des votes aux Nations Unies sur les résolutions condamnant l’invasion de l’Ukraine.
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