Dons, alimentation animale et méthanisation constituent les premières portes de sortie pour les excédents de pommes de terre. Selon la filière, les dons alimentaires peuvent être organisés via Solaal, qui a mis en place un réseau destiné à permettre « une valorisation des pommes de terre », souligne l’association dans le cadre du dispositif. En parallèle, l’UNPT, en partenariat avec la FNPL et la FNB, a lancé une plateforme de mise en relation entre producteurs et éleveurs, « de façon anonyme, gratuite et sans commission », précise la filière, afin de favoriser l’alimentation animale de proximité. Enfin, la méthanisation reste mobilisée pour absorber certains volumes, à condition que les tubercules soient propres, sans cailloux, et si possible broyés pour faciliter l’incorporation.
Malgrè ces débouchés, la filière constate que « des volumes excédentaires de pommes de terre devront être gérés au sein des exploitations ». Elle détaille donc trois leviers complémentaires : l’épandage, le compostage et, en dernier recours, la mise en tas.

L’épandage au champ, en respectant la réglementation
Selon les acteurs de filière, cette pratique permet de « restituer au sol une partie des éléments fertilisants contenus dans les tubercules ». « Cette pratique n’est toutefois ni libre, ni anodine », ajoutent-ils. Elle relève du cadre réglementaire applicable aux fertilisants organiques de type II dans le contexte de la directive nitrates. À ce titre, elle doit se conformer aux règles définies par les programmes d’actions nationaux et régionaux (PAN), notamment en ce qui concerne les limites d’apports en azote, les périodes d’épandage, les conditions des sols et les distances à respecter vis-à-vis des milieux sensibles.
Selon les références techniques citées, « l’apport doit respecter le plafond d’APLSH de 70 kg N/ha en cumul annuel ». Il est également précisé que, sur la base des références Comifer, « le tonnage épandu ne devra pas excéder 20 t/ha » si cet apport est isolé.
Au-delà des chiffres, la filière insiste sur le respect des règles classiques d’épandage : sols non gelés, non détrempés, distances réglementaires avec les cours d’eau, contraintes de pente et respect des périodes autorisées. Elle souligne qu’il faut « impérativement se référer à son PAN régional ».
Sur le plan sanitaire, un tubercule entier peut entraîner des repousses et devenir un foyer de maladies ou de ravageurs. C’est pourquoi la filière recommande dans un premier temps de broyer les pommes de terre afin de « limiter le risque de repousses » et de faciliter leur dégradation.
Voici le mode opératoire recommandé par les acteurs de la filière :
- Choisir une parcelle où il n’y aura pas de pommes de terre, ou bien où il y en avait déjà l’année précédente (récoltées en 2025). Si ce n’est pas possible, prendre une parcelle aussi éloignée que possible des autres cultures de pommes de terre.
- Épandre les tubercules de préférence après la récolte des céréales, en respectant les règles du PAN (type II).
- Dans tous les cas, une parcelle ayant reçu des pommes de terre en 2026 ne devra pas en accueillir à nouveau pendant les quatre années suivantes.
- Si les tubercules ne proviennent pas de parcelles traitées à l’hydrazide maléique l’année précédente, il faut impérativement les broyer finement pour limiter les repousses.
- Il est fortement conseillé d’utiliser un épandeur déchiqueteur ou de broyer les pommes de terre avant épandage. Sinon, passer un rouleau après coup pour les écraser et accélérer leur décomposition. En cas de déchaumage, privilégier un outil à disques pour fragmenter les résidus et favoriser leur disparition.
- Il est obligatoire de tracer ces épandages dans le cahier de fertilisation.
- Enfin, semer un couvert intermédiaire pour capter les nitrates libérés pendant la décomposition, de préférence avec des plantes ayant un effet contre les nématodes et certains parasites de la pomme de terre.
Enfin, la filière rappelle un point de rotation essentiel : toute parcelle ayant reçu un épandage de pommes de terre ne doit pas revenir en pommes de terre pendant quatre ans, afin de limiter les risques sanitaires.
Le compostage, de préférence avec du fumier
Le compostage constitue une autre voie, mais plus technique. Il est régulièrement mis en avant par la filière comme une solution plus “circulaire”.
Les pommes de terre peuvent être compostées avec différents substrats. Toutefois, le fumier est considéré comme « le plus efficace », en raison de l’activité microbienne qu’il apporte et qui accélère la dégradation des tubercules.
Les recommandations techniques reposent sur un équilibre relativement simple : compter environ une benne de fumier pour une à deux bennes de pommes de terre. Le processus nécessite ensuite un suivi, avec des retournements successifs : « un ou deux au strict minimum », afin de favoriser une montée en température du tas pouvant atteindre « 60 à 70 °C ». Selon les techniciens, un compost bien conduit peut-être prêt en trois à quatre mois dans des conditions favorables.
- La mise en œuvre implique toutefois une organisation adaptée. Elle suppose notamment :
- De disposer d’une surface plane et stabilisée d’environ 300 m² pour 100 tonnes ;
- D’implanter le site à distance des points d’eau et des zones de captage ;
- De prévoir des moyens de retournement ou de manutention ;
- D’intégrer le compost produit dans le respect du calendrier d’épandage des fertilisants organiques.
La mise en tas, en dernier recours
Quand aucune autre solution n’est possible, il reste la mise en tas. La filière la décrit sans détour comme « une dernière voie de dégagement ». Une solution de repli, donc, à réserver aux situations où les autres débouchés sont impossibles à mobiliser.
Elle doit aussi être anticipée autant que possible. L’intervention est recommandée tard dans la saison, « fin juin/début juillet si possible », pour limiter les risques liés au mildiou.
Le choix du site est important :
- Éloigner les tas des futures parcelles de pommes de terre
- Éviter habitations, fossés, rivières et zones de captage
- Limiter les nuisances (notamment olfactives)
- Eviter les zones de passage ou de promenade
Sur le plan pratique, la filière recommande des tas d’une largeur limitée (« d’une remorque ») pour accélérer la dégradation, installés sur un lit de paille et ceinturés de terre afin de contenir les jus.
Deux options peuvent ensuite être envisagées. La bâche plastique noire, d’abord, qui favorise le pourrissement tout en limitant les repousses, avec un coût d’environ 160 € pour 200 à 250 tonnes. La chaux vive ensuite, plus radicale, efficace sur de petits volumes mais « particulièrement corrosive pour l’agriculteur », pour un coût pouvant atteindre 400 € pour 100 tonnes traitées.
