Depuis quelques mois, le monde agricole hausse la voix pour se faire entendre des élus nationaux et européens… mais aussi de l’opinion publique. Alors qu’une nouvelle pétition s’opposant à la réautorisation de l’acétamipride réunit déjà plus de 300 000 signatures, les organisations agricoles multiplient les appels, envers les agriculteurs, pour se mobiliser dans le cadre des élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars. La FNSEA et la Coordination rurale plaident ainsi, depuis l’automne, en faveur de l’engagement de leurs adhérents, quand Jeunes agriculteurs indique avoir fait de cette échéance un de ses sujets prioritaires pour le Salon de l’agriculture 2026. « Nous avons publié une tribune, en décembre dernier avec le président de l’Association des maires de France (AMF), pour dire que chaque agriculteur doit s’impliquer, au moins au sein des conseils municipaux. Aucune décision ne doit être prise sans qu’un agriculteur ne soit autour de la table. L’échelon local est très important pour les sujets de l’acceptabilité et du dialogue », explique Pierrick Horel, le président du syndicat, lors d’une conférence de presse organisée en amont du SIA.

Réactions démesurées

Selon l’enquête 2025 sur les maires de France, réalisée par le Cevipof* pour l’Association des maires de France, près de 89 % des maires interrogés estiment pourtant que les relations entre le conseil municipal et le monde agricole sont bonnes ou très bonnes. Le chiffre concernant les relations entre les agriculteurs et le reste de la population est du même ordre (84 %). Cependant, les maires agriculteurs, dont ceux que nous avons interrogés (voir p. 9) témoignent de relations parfois complexes avec certains de leurs administrés, notamment en cas d’installation de néoruraux, qui peuvent avoir une image d’Épinal de la campagne, ou dans les zones périurbaines. C’est notamment le cas lors de la circulation de camions ou de la construction de bâtiments d’élevage ou de production d’énergie, comme des méthaniseurs. « Ces projets peuvent susciter des réactions démesurées et influer sur l’action des maires, analyse Jean-Yves Heurtin, le vice-président de la Chambre d’agriculture de Normandie, également maire d’une commune de 570 habitants dans le Calvados, depuis six ans. L’implication et la présence d’agriculteurs, quelle que soit leur culture ou leur manière de produire, est essentielle dans les conseils municipaux, pour parler de l’agriculture telle qu’elle est, et non de la manière dont elle peut être fantasmée. »