Le moindre écart technique coûte désormais beaucoup plus cher en orge brassicole. Un apport d’azote mal calibré, quelques points d’efficacité perdus sur le désherbage ou un épisode de stress hydrique au mauvais moment peuvent fragiliser à la fois le rendement, la qualité brassicole et la rentabilité de la culture. Lors du colloque consacré à l’avenir de la filière, le 9 avril 2026, les intervenants ont dressé le constat d’une production entrée dans une phase de forte tension.
L’azote reste le premier levier de pilotage. « L’azote conditionne à la fois le rendement et la teneur en protéines », a rappelé Geoffroy Oudoire, chargé d’études chez Arvalis. Les essais présentés montrent qu’en l’absence d’apport, les rendements peuvent passer de 85 à 55 q/ha, avec des protéines insuffisantes pour répondre au débouché brassicole. Sur orge de printemps, les références restent situées autour de 3 à 3,5 kg d’azote par quintal produit. « Sans maîtrise de l’azote, il n’y a pas de régularité possible », a également souligné Geoffroy Oudoire.
Mais derrière le sujet technique, c’est aussi la question du coût qui revient désormais dans toutes les discussions. Avec les mécanismes de taxation du carbone, plusieurs intervenants estiment que le prix des engrais pourrait fortement progresser dans les prochaines années.
Selon les chiffres présentés au colloque, la fertilisation pourrait représenter près d’un quart des charges de production. « La compétitivité devient un enjeu majeur pour toute la filière », ont résumé les responsables d’Arvalis et de l’AGPB. Cette pression se retrouve aussi côté industriel, où les malteries restent très dépendantes du gaz pour le process de fabrication. « Le coût de l’énergie devient un facteur de tension pour toute la chaîne », a indiqué Jean-Philippe Jelu, président des malteurs de France, et directeur des sites industriels chez Soufflet.
La variété comme levier d’adaptation
Dans ce contexte, la génétique prend une place de plus en plus importante. Les professionnels ont rappelé l’évolution rapide des variétés depuis les références historiques. « Les variétés actuelles n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’il y a vingt ou trente ans », a indiqué Laurent Vittoz, directeur général Valfrance. Rendement, qualité technologique, tenue face aux stress : les attentes se multiplient à mesure que les contraintes augmentent.
Cette recherche de stabilité pousse aussi les programmes de sélection à regarder de plus près le comportement des plantes face au manque d’eau. Plusieurs travaux d’Arvalis portent notamment sur les systèmes racinaires, afin d’identifier des profils capables de mieux valoriser l’eau dans les sols séchants. « Nous devons mieux exploiter la plasticité des plantes », a expliqué Arvalis.
Les Nouvelles techniques génomiques (NGT) concentrent également beaucoup d’attentes. Plusieurs intervenants y voient un moyen d’accélérer la création de variétés capables de produire avec moins d’intrants. « Les outils de sélection modernes peuvent nous aider à gagner en résilience », a estimé un représentant de la filière. Mais plusieurs acteurs ont aussi alerté sur le risque de décrochage réglementaire européen. « Le risque aujourd’hui serait de prendre du retard face aux autres zones de production », a averti Jean-Philippe Jelu.
Dans les parcelles, le désherbage continue lui aussi à se compliquer. Les résistances du ray-grass et du vulpin réduisent progressivement l’efficacité des programmes herbicides. Selon les techniciens présents, certaines stratégies perdent entre 10 et 15 points d’efficacité. « On voit clairement les limites de certaines solutions historiques », a reconnu Geoffroy Oudoire. Les leviers agronomiques alternatifs, comme le décalage des semis ou le désherbage mécanique, existent, mais leur efficacité dépend fortement des conditions de l’année.
La question de l’eau revient enfin de plus en plus souvent dans les discussions. « Certaines régions vivent déjà des tensions structurelles », a rappelé Thierry Denis, ingénieur chez Arvalis, à propos des zones du sud de la France, alors que d’autres bassins restent encore relativement préservés.