Déjà fragilisée, à l’instar de l’ensemble des grandes cultures, la production française de maïs grain pourrait connaître, en 2026, son niveau le plus bas depuis 26 ans, avec 9,5 Mt – soit plus de 3 Mt en moins par rapport à 2025. En cause : le recul des surfaces de près de 20 %, conjugué à une perte de 30 % des volumes, notamment en raison des épisodes caniculaires des dernières semaines. « A ce stade, une baisse des rendements de 15 à 20 % semble inévitable », estime Franck Laborde, le président de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), lors d’une conférence de presse organisée le 30 juin. Une récolte qui s’annonce donc « historiquement faible, alors que les revenus sont déjà très dégradés depuis 4 ans », poursuit Franck Laborde. L’AGPM demande donc aux pouvoirs publics d’agir pour favoriser l’irrigation « pour sauver ce qui pourra l’être », d’éventuels futurs épisodes de chaleurs pouvant encore être attendus, et empirer le diagnostic à date.

Dynamiques contraires d’évolution de surfaces

Dans ce contexte, les producteurs de maïs se montrent particulièrement attentifs quant à l’éventualité d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. « La présidence irlandaise de l’Union européenne a confirmé qu’elle faisait de l’élargissement de l’UE une de ces priorités, rappelle Franck Laborde. Nous ferons tout pour qu’une intégration non contrôlée ne soit pas le coup de grâce pour la filière. » Les raisons de s’inquiéter sont déjà nombreuses pour l’AGPM. Actuellement, une tonne de maïs sur quatre consommée en Europe est importée, dont près de la moitié vient d’Ukraine. Les agriculteurs ukrainiens ont par ailleurs accès à 114 substances actives, dont 62 % sont interdites en France ; et bénéficient d’un coût de production deux fois moins élevé que dans l’Hexagone (97 €/t vs 261 €/t). Depuis 2000, les surfaces ukrainiennes de maïs ont par ailleurs été multipliées par trois, quand l’UE a vu les siennes reculer de 20 % (1,8 Mha). « Après avoir été longtemps autonomes, nous sommes désormais importateurs d’un quart de nos besoins dans l’Union européenne », rappelle Franck Laborde.

Une perte économique potentielle de 663 M€

Pour mieux mesurer l’impact d’une telle intégration, l’AGPM a fait réaliser une étude prospective, à l’horizon 2030, échéance à laquelle la production ukrainienne de maïs approcherait les 40 Mt, soit près de la moitié de la production européenne. Selon cette enquête, cette adhésion donnerait lieu à l’arrivée de 10 Mt de maïs supplémentaires sur le marché commun, produit à moindre coûts, soit environ 80 % de la collecte française. « Les acteurs ukrainiens sont très structurés, ils maîtrisent verticalement tout le marché, et ont l’ambition d’augmenter de 20 % leur capacité de transformation », indique Olivier Antoine, directeur du cabinet Orae Géopolitque, qui a réalisé l’étude. En prenant en compte les différents débouchés de la filière maïs (alimentation animale, amidonnerie, éthanol, etc), l’équivalent de 2,9 Mt de maïs français seraient menacées en 2030, soit une perte de chiffre d’affaires à la production estimée à 663 M€.

Pour l’heure, la filière maïs plaident d’ores et déjà en faveur du principe de la réciprocité des normes, et pour la restauration de mesures de protection : droits de douane déclenchable, maîtrise des importations, mesures de sauvegarde. L’AGPM réclame par ailleurs, depuis 2024, l’activation d’une protection face aux importations ukrainiennes de maïs semence, qui ont été multipliées par 2 000 en quatre ans.