« La campagne 2025 s‘est caractérisée par une forte présence de pucerons. À Orléans, nous avons observé jusqu’à 200 pucerons par feuille, du jamais vu », constate Juliette Marion d’Arvalis. L’infestation a été assez précoce. Les auxiliaires ont aussi été présents, mais tardivement. Leur présence contribue à la maîtrise des populations de pucerons.
Les pucerons occasionnent de forts dégâts directs en végétation. Ils retardent également nettement l’apparition des stades. En cas de forte pullulation, leur alimentation par prélèvement de sève affaiblit les plantes et peut réduire la photosynthèse. « Toutefois, les pertes de rendement net sont inférieures à 20 % maximum dans les essais 2025 », note la spécialiste. Elles dépendent des conditions climatiques et des facteurs de stress. Il y a une compensation pendant le grossissement. L’irrigation permet de lisser les pertes potentielles (aucun stress hydrique) avec peu d’impact des pucerons sur le développement foliaire.
Les pucerons présentent aussi une véritable menace par leur capacité à transmettre des virus (virus Y…). Les contaminations virales sont potentiellement importantes (de 20 à 30 % de tubercules atteints de symptômes de virose). Ce qui aggrave les pertes pour les variétés sensibles ainsi que les lots déclassés ou refusés.
Le Teppeki (autorisé en dérogation en pommes de terre de consommation) et le cyantraniliprole obtiennent une bonne efficacité de même niveau sur les pucerons. Avec une réduction des populations de 75 à 80 % au pic d’infestation et de 66 à 71 % à J +7 après traitement. Le Mavrik a un effet choc à chaque application, mais pas de persistance (40 % à J+7). Les biocontrôles s’avèrent peu performants.
Lutte indirecte avec le paillage au sol
Arvalis poursuit des essais de lutte indirecte contre le puceron avec le paillage au sol depuis 4 ans. Le paillage permet de réduire les populations de pucerons de 30 à 60 % dans les essais. Il a une bonne efficacité à 4 t de paille par hectare, mais on peut mesurer un effet dès 2,5 t/ha de paille. L’efficacité du paillage est maximale en début de cycle, avec moins 56 % de pucerons de la levée à 15 cm, moins 56 % à l’initiation tubérisation. Elle diminue au stade boutons floraux (moins 36 %) et à la floraison (moins 16 %). Reste que si ce levier semble intéressant, travailler sur sa praticité s’avère indispensable.
D’autres travaux sont en cours, comme l’utilisation de plantes de services (féveroles), de produits répulsifs ou encore des buses drop legs pour application.
Évaluer le risque
« Pour lutter contre le puceron, le premier levier, si cela est possible, est de privilégier une variété peu sensible au virus Y », insiste Juliette Marion. Dès la levée, il faut évaluer le risque sur la parcelle. La consultation du BSV (Bulletin de santé du végétal) évite de se faire surprendre. Seuls les traitements au-dessus des seuils sont efficaces. Si les seuils ne sont pas atteints, les risques sont négligeables. De plus, il faut préserver les auxiliaires, dont le rôle de régulation est important. Si le seuil est atteint, il faut éviter les pyréthrinoïdes seuls, afin d’éviter le fort risque de résistance et la pression de sélection.


