Baisse de la production, impact sur la qualité sanitaire, parcelles moins exploitables,… En grandes cultures, la pression exercée par les graminées monte en puissance. Pour s’attaquer à cet enjeu, trois projets ont été lancés dans le cadre du Parsada : GramiCible (2024-2027) dont l’objectif est de renforcer les leviers individuels à l’échelle de la culture, GramiCombi (2024-2029), davantage centré sur la prophylaxie et la combinaison de leviers, et Parad (2025-2029) qui se focalise sur la levée des impasses générées par la réduction des herbicides et le retrait des molécules.

Une cartographie nationale des graminées automnales (ray-grass et vulpin) a déjà été réalisée, grâce à la consultation de 80 organisations agricoles. Les adventices semblent progresser dans les régions du nord-ouest de la France, où elles étaient auparavant moins présentes. « Cela peut s’expliquer par des rotations culturales longues qui commencent à montrer leurs limites, explique Anne Danthony, ingénieure à la direction de la valorisation chez Arvalis, lors d’une conférence organisée le 24 février au Salon de l’agriculture. Les programmes herbicides commencent aussi à flancher sur toutes les cultures, pas uniquement en céréales. »

Des appréhensions sur le désherbage mécanique

Une enquête en ligne, menée auprès de 1400 agriculteurs, confirme le diagnostic de progression des graminées sur le terrain. 72 % des répondants déclarent ainsi rencontrer des problèmes sur le désherbage des graminées, avec un impact sur leur production. Parmi eux, 80 % estiment que cette problématique se renforce. « Peut-être que les exploitants moins concernés sont un peu sous-représentés dans cette enquête, mais la question des graminées en grandes cultures est préoccupante. C’est un enjeu national », estime Anne Danthony.

Pour faire face, l’ingénieure liste la mise en oeuvre de rotations culturales (une action souvent mais inégalement mobilisée), le labour ou le faux semis, tout en insistant sur la nécessité de combiner plusieurs leviers. De nombreux freins restent cependant à lever. « Il y a encore une perception coûteuse du désherbage mécanique. Cela interroge la nécessité, pour les agriculteurs, d’avoir du matériel en propre. Le manque de temps est également souvent mentionné. Il est certain que le désherbage va être de plus en plus complexe et technique. Enfin, adapter ses rotations représente un risque en terme de rentabilité. Nous avons un rôle à jouer pour démontrer que cette adaptation permet d’assurer une rentabilité à court et moyen terme, quand elle intervient dans le cadre d’une gestion des graminées. »

Une carte des graminées estivales doit être publiée dans les prochaines semaines. Une cartographie des résistances est également en cours. Elle devrait être finalisée pour fin 2027.