mercredi 14 novembre 2018
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Sucre : l'après-quota rebat les cartes

La première campagne sans quota a profondément bouleversé les flux de sucre sur le territoire européen. La France domine toujours le classement des pays exportateurs, mais elle est talonnée par l’Allemagne.

Les flux intracommunautaires de sucre ont pris une dimension historique : 6,7 Mt ont changé de pays en 2017-2018 (+ 34 % par rapport à la campagne passée), ce qui représente 30 % du sucre produit en Europe. La France est le premier pays fournisseur (35 % des flux) devant l’Allemagne (22 %). Le marché italien reste la première destination du sucre européen avec 1,4 Mt. « La destination italienne a été l’objet d’une forte concurrence, notamment entre la France, autrefois leader sur le marché, et l’Allemagne, qui n’a guère d’autres portes de sortie pour son sucre sur le territoire communautaire », analyse Timothé Masson dans une étude réalisée par le service économique de la CGB à partir des chiffres Eurostat. Le sucre allemand a pris le leadership en Italie où il représente 43 % des importations communautaires. « Après l’Italie, mais avec des flux entrants presque deux fois inférieurs, l’Espagne et le Royaume-Uni ont, en revanche, très largement comblé leur déficit par l’origine française, qui y a gagné des parts de marché : le sucre français y représente presque 70 % du sucre importé de l’Union européenne ».

Un excédent français d’1,4 Md€ à l’export

Pour cette première campagne sans quota, la France a fortement augmenté ses exportations, notamment vers ses voisins déficitaires en sucre. Au total, la filière betteravière a dégagé un excédent d’environ 1,4 Md€. « C’est une prouesse dans la situation des prix bas que nous avons connue », estime Timothé Masson. Cependant, le sucre français semble avoir atteint un maximum de développement sur le territoire communautaire. Augmenter les parts de marché en Italie signifierait lutter contre l’Allemagne sur un territoire qui lui est indispensable, car le pays n’a pas d’autres alternatives au marché mondial. Augmenter les parts de marché en Espagne et en Grande-Bretagne semble également compromis : les importations extracommunautaires sont déjà réduites à la portion congrue en Espagne (100 000 t), et la filière raffinage outre-Manche est devenue « exsangue » avec moins de 400 000 t raffinées. Les effets du Brexit pourraient également changer totalement la donne. La situation est différente sur les pays tiers où la France semble bien s’adapter aux changements réguliers des politiques douanières au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La France est aussi bien présente en Afrique de l’Ouest, une zone dont le déficit en sucre va croissant.

Les importations de sucre diminuent de 42 % en Europe

La première conséquence de la fin des quotas est un alignement des prix européens du sucre sur les prix mondiaux. Les importations ont brutalement chuté de 42 % lors de la campagne 2017-2018. Pour la première fois, les importations de sucre de consommation directe (roux ou blanc) dépassent les volumes de sucre à raffiner. « Le différentiel entre le prix mondial du sucre roux et le prix du sucre communautaire ne permet plus de financer l’activité de raffinage, le sucre roux destiné au raffinage ne devrait pas atteindre les 750 000 t, soit un volume comparable à ce que produisent deux grandes sucreries européennes », explique Timothé Masson.

Les exportations européennes vers les pays tiers multipliées par trois

Malgré un contexte de prix déprimés, les exportations de sucre blanc vers les pays tiers dépasseront les 3,5 Mt. Il s’agit majoritairement de sucre français (40 %), allemand (20 %) et polonais (18 %). Le port d’Anvers connaît une progression fulgurante et conforte son statut de plaque tournante du sucre en Europe. Il a chargé plus d’1 Mt de sucre vers les pays tiers (presque 10 fois plus que l’an passé). La zone Moyen-Orient/Afrique du Nord absorbe plus de 55 % des exportations de sucre européen. L’Afrique de l’Ouest en est la deuxième destination, avec essentiellement du sucre français.

François-Xavier Duquenne


12 novembre 2018

Sucre : trois semaines de hausse !

Le cours du sucre roux connaît une embellie grâce au recul de la production brésilienne.


5 novembre 2018

Sucre : l’Inde fait tousser le marché

Le sucre roux est reparti sous les 10 cts/lb suite aux annonces de subventions indiennes à l’export.


22 octobre 2018

Sucre : des fondamentaux timidement à l’oeuvre

Les cours du sucre ont été légèrement haussiers la première quinzaine de septembre, aidés par des fonds spéculatifs qui ont revu à la baisse leurs positions nettes-vendeuses.


10 octobre 2018

Cristal Union prêt pour sa première récolte de betteraves bio

Le groupe coopératif va arracher dans quelques jours ses premières betteraves bio cultivées à grande échelle. Premiers retours d’expériences.

Depuis le printemps, Cristal Union mène des cultures de betteraves bio, pour la première fois à grande échelle. Sur près de 150 hectares, 25 agriculteurs, essentiellement au Sud de Paris, autour de Toury (Eure-et-Loir), Pithiviers (Loiret) et Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret), se sont engagés dans la démarche. Déjà producteur de luzerne bio dans cette région, le groupe a souhaité développer ce mode de production en betterave en s’appuyant sur le savoir-faire de producteurs déjà convertis. « Le désherbage a été le point critique numéro 1. Dans 80 % des cas, il a été bien maîtrisé avec un faible impact attendu sur le rendement », explique William Huet, le responsable du département agronomie de Cristal Union. Différents systèmes ont été utilisés, à commencer par du binage sur l’inter-rang avec des lames Lelievre, des pattes d’oie et des moulinets. Pour protéger les betteraves dans les rayons, des plaques montées sur la bineuse ont été utilisées.

Désherbage manuel cet été

Le service agronomie de Cristal Union a accompagné les agriculteurs dans cette nouvelle culture. « Beaucoup d’entre eux connaissaient les techniques de binage, notamment en légumes. Les autres ont été mis en lien avec des ETA pour leur apporter du matériel », détaille William Huet. Une autre technique utilisée a consisté à brûler les adventices. Elle a été effectuée sur certaines parcelles juste après le semis et avant la levée des betteraves. Pour l’an prochain, Cristal Union prévoit de mettre à disposition de ses adhérents une bineuse inédite à six rangs, construite par Garford, actuellement en test.
En complément du désherbage mécanique, des opérations manuelles ont été réalisées au printemps et pendant l’été, une fois le rayon couvert par les feuilles de betteraves. « 30 heures de travail par hectare ont été nécessaires sur chaque rayon. Dans certains cas plus difficiles, il a fallu jusqu’à 100 heures ! », souligne William Huet.

Des ronds de jaunisse

Du côté des maladies, le pire a semblet-il été évité. « Malgré une pression forte de la cercosporiose, le résultat est satisfaisant, car nous avons utilisé des variétés très tolérantes et, dans certains cas, un mélange de cuivre et de soufre autorisé en bio », explique le responsable du département agronomie de Cristal Union. En matière d’insectes, le puceron vert a été observé à partir du mois de mai, engendrant des petits ronds de jaunisse quelques semaines plus tard. « Mais cela est peu étendu à ce jour. Les auxiliaires présents, comme les coccinelles et larves de syrphe, ont freiné le développement », estime William Huet. Dans quelques jours, des prélèvements seront effectués pour analyser précisément les conséquences de la jaunisse sur les rendements. Sur la base des rendements escomptés et de l’étude de charges proportionnelles liées à la production bio, réalisées en 2017, les betteraves seront achetées en 2018 à 75 €/t à 16°s. En attendant, les sucreries de Pithiviers et Corbeilles-en-Gâtinais (Loiret) sont en cours de certification pour transformer les betteraves bio dans quelques semaines.

Adrien Cahuzac


14 septembre 2018

Sucre : une rentrée peu motivante

Alors que l’évolution des cours du sucre en mai, puis en juin, pouvait donner quelques espoirs, leur évolution sur le mois de juillet, puis à nouveau en août, a tout l’effet d’une douche froide.


11 septembre 2018

Tereos annonce des élections anticipées de ses conseillers de régions

Le conseil de surveillance de Tereos annonce des élections anticipées pour compléter les conseils de régions concernés par les 70 démissions de cet été. Il a par ailleurs demandé la médiation du président du Haut Conseil de la Coopération Agricole, Henri Nallet.

Allons-nous vers une sortie de crise pour le groupe Tereos, qui a été fortement secoué par des dissensions internes depuis début juillet ?

Le conseil de surveillance de Tereos vient en tout cas de faire un pas vers la sortie de crise. Un communiqué daté du 6 septembre annonce que « dans un esprit d’apaisement et dans l’intérêt de l’entreprise, le conseil de surveillance de Tereos a pris la décision d’organiser dès décembre 2018 plutôt qu’en juin 2019 les assemblées qui désigneront les titulaires des mandats de conseillers de région qui ne sont plus pourvus depuis les démissions survenues en juillet. » Rappelons que le 9 juillet dernier, 70 conseillers de régions représentant les sucreries d’Attin, Lillers, Chevrières, Boiry et Escaudoeuvres, avaient démissionné. « Cette période a été difficile mais le moment de l’apaisement est venu », explique le communiqué de Tereos, qui annonce également que le conseil de surveillance et les plus de 100 conseillers de région demeurés en fonction « ont dialogué avec leurs collègues démissionnaires et avec les représentants du monde agricole pour débloquer la situation. »

Avec leur Association de défense des coopérateurs de Tereos (ADCT), les trois anciens membres du conseil de surveillance exclus invitaient ces derniers jours les planteurs à signer une lettre demandant au président de Tereos d’organiser des élections rapidement et non pas en juin 2019. Leur appel a, semble-t-il, été entendu. Mais Gérard Clay précise que, « la situation mérite bien plus qu'une élection partielle, elle exige une élection générale, jusqu'à l'ensemble du conseil de surveillance, ce qui est d'ailleurs demandé par les futurs 2 400 signataires ».

Le conseil de surveillance de Tereos a par ailleurs demandé la médiation d’Henri Nallet, le président du Haut Conseil de la Coopération Agricole (HCCA). Une démarche que Gérard Clay, Gilles Bollé et Xavier Laude avaient également entreprise.

Cette instance devra garantir que cette élection se passe bien, « dans le plein respect des règles de notre coopérative et de la coopération agricole et dans un climat de dialogue et de collaboration, afin d’être acceptée de tous », indique Tereos.

En tout cas, les trois anciens membres du conseil de surveillance - Gérard Clay, Gilles Bollé et Xavier Laude - demandent leur réintégration pour qu’ils puissent se présenter à ces nouvelles élections.

François-Xavier Duquenne


6 septembre 2018

Remous autour de l’exclusion de trois betteraviers de Tereos

Les remous au sein du groupe Tereos ont constitué un véritable feuilleton tout au long de l’été. Le dernier en date est l’exclusion, le 16 août, de trois anciens membres du Conseil de Surveillance.

Trois anciens membres du Conseil de Surveillance du groupe Tereos - Gilles Bollé, Gérard Clay et Xavier Laude – ont fait l’objet d’une procédure d’exclusion « pour avoir mené une campagne de diffusion d’informations fausses ou mensongères, systématique et publique », explique le groupe coopératif dans un communiqué daté du 16 août.

Une décision que la CGB a déploré dans un communiqué daté du 20 août. « Au-delà de l’injuste déstabilisation des exploitations concernées, cette décision met en péril les conditions de dialogue et le pluralisme des opinions au sein de la filière », estime le syndicat de planteurs.

Si la CGB rappelle son devoir de neutralité quant aux orientations et décisions internes de gestion des groupes sucriers, elle estime que « cette exclusion pose les questions de la garantie du pluralisme des opinions, de la possibilité des responsables agricoles à partager des visions pouvant être divergentes et au-delà de la relation entre un betteravier et son groupe sucrier ».

Le syndicat apporte son soutien à Gilles Bollé, Gérard Clay et Xavier Laude, « alors que rien ne leur a jamais été reproché en tant que producteur de betteraves », et annonce qu’il mettra « tout en œuvre pour les assister et rétablir leurs droits en tant que betteravier. »

Les hostilités ont commencé le 9 juillet, quand 5 membres du Conseil de Surveillance et 70 conseillers de régions représentant les sucreries d’Attin, Lillers, Chevrières, Boiry et Escaudoeuvres, ont démissionné. Ces 5 usines représentent 7 500 des 12 000 coopérateurs de Tereos. Très vite les trois leaders - Gérard Clay, Gilles Bollé et Xavier Laude - ont expliqué leurs positions dans la presse, ce qui a conduit Tereos à répliquer par les voix de son président, François Leroux, et d’autres membres du Conseil de Surveillance du groupe coopératif.

Les élus démissionnaires dénoncent une « gouvernance défaillante », demandent plus de transparence sur la gestion, et estiment que les résultats ne sont pas à la hauteur des investissements effectués, comparés aux autres groupes sucriers européens.

De son côté, le président de Tereos dénonce « une campagne de dénigrement public à partir d’informations fausses et trompeuses en portant atteinte à la réputation du groupe et aux intérêts des coopérateurs en voulant faire croire que le groupe ferait face à une situation financière difficile, ce qui est faux, ou en déformant publiquement la réalité des débats internes ayant eu lieu et des décisions prises par la coopérative. » Et il précise que « les fondamentaux économiques et financiers de Tereos, qui est devenu cette année le deuxième groupe sucrier mondial, sont solides et résilients ». Tereos rappelle aussi que son résultat net avant distribution de complément de prix était positif de 24 M€.

Le Conseil de Surveillance de Tereos, qui comptait jusqu’ici 22 membres, est désormais aujourd’hui composé de 15 membres « qui représentent toutes les régions et toutes les cultures », selon François Leroux. La tenue de nouvelles élections est annoncée en juin 2019. D’ici-là, cette affaire qui est désormais sur la place publique n’a sans doute pas fini de faire des vagues.

F.-X. D.


22 août 2018
Le Betteravier français, le journal de référence des planteurs depuis 1952, qui décrypte l'actualité de la filière betterave-sucre et des grandes cultures avec ses 18 numéros et ses 2 cahiers spéciaux par an.